De la difficulté d’animer une classe…

On a tous souvenir d’un ou plusieurs professeurs dont la classe ne bougeait pas. J’ai fait mes années collège dans un collège très difficile des années 80, et dans certains cours les élèves se battaient, parfois même avec le professeur (pauvre prof. de français se défendant avec son attaché-case!) tandis que dans d’autres, on entendait les mouches voler. Mêmes élèves, comportements opposés. Parfois, c’était du fait d’une autorité imposante/terrifiante/naturelle /charismatique / …(choisir la réponse) …parfois parce que le professeur en question était un « passionné ». On sentait qu’il aimait ce qu’il faisait, qu’il voulait partager, faire vivre les choses. Pour le coup, c’était lui qui était « animé » …

Cette semaine de rentrée étant passée, on sait que les premiers jours sont l’occasion de « poser son cadre » , « l’autorité »…Certains professeurs expérimentés conseillent aux débutants d’être « sévères » ou « de ne rien laisser passer »…Entre la lecture de règlements, l’écriture des règles, des activités millimétrées, voire chronométrées, une petite évaluation, chacun cherche à imposer son cadre pour travailler sereinement, mais aussi se rassurer…D’autres incitent à bien préparer le contenu, sur la forme et sur le fond, car sans contenu, point de gestion efficace…Les élèves se faufileront dans les interstices, les failles, le matériel mal préparé, la consigne mal énoncée, un savoir mal formulé…

Il y a du bon et du moins bon dans tous les conseils qui peuvent être donnés, mais il reste une réalité : c’est un exercice difficile, qui ne s’apprend pas en dix minutes ! Personnellement, je crois que c’est la première chose à laquelle tout professeur devrait se former, se préparer une fois qu’il a les bases en pédagogie et didactique. Enseigner c’est un métier polyvalent demandant de très nombreuses compétences, dont la première – pour moi – est ce que je mets derrière ce verbe « animer ». J’aurais pu dire communiquer ou d’autres termes, mais je ne trouve pas le terme unique qui désigne le fait de conjuguer simultanément, avec intelligence et humanité, de multiples compétences de prise de parole, de communication, d’observation, d’écoute, d’empathie, mais aussi d’acteur, de manager…tel un chef d’orchestre pédagogique. Les professeurs (du 1er ou du 2nd degré) sont formés, avec plus ou moins de bonheur, à la « conduite de classe », un sujet complexe qui parfois s’efface derrière une formation à l’autorité, la discipline (vite…la liste des sanctions possibles…), mais finalement trop peu à la prise de parole, aux gestes professionnels de métier que cela sous-tend, face au public élève, mais aussi face aux parents d’élèves, aux partenaires divers… Or, c’est un préalable à la transmission de tout savoir, à la capacité à emmener avec soi un public jeune (immature), qui n’a pas forcément envie d’être là, constitué d’êtres singuliers et complexes noyés dans un collectif qui ne fait pas forcément sens pour eux…

Les diplômes, la didactique, les savoirs universitaires, les fiches de préparation de trois pages… ne vous sauveront pas (condition nécessaire bien sûr, mais non suffisante) si vous ne savez pas « animer » la classe. Ça prend du temps à savoir faire (savoir être). Ça demande parfois un travail sur soi. Ça demande la capacité à se décentrer pour endosser un « costume », adapter sa façon de parler, de voir, d’écouter, sa posture pour entrer dans un statut professionnel. Mais aussi de s’interroger sur notre rapport aux élèves. Si j’ai un rapport de méfiance aux élèves, les choses seront plus difficiles et très vite je risque de mal interpréter chaque chose, me conduisant à l’usage parfois déraisonné de sanctions (chaque faute étant alors sanctionnée par une croix, tant de croix donnant la sanction suivante, etc)…Inversement, si je travaille dans la confiance et la responsabilité, de belles choses pourront se construire ! Ce sont deux postures opposées. Dans l’une, je suis centré sur moi et je vois les élèves comme des « ennemis », des êtres inférieurs qui sont là pour obéir, apprendre et écouter…Mais que vivent les élèves en leur for intérieur ? Que ressentent-ils ?

SMS de ma fille, élève en seconde, 7 septembre 2023. Vu ce qu’elle m’en a dit ensuite, j’ai finalement confiance en ce professeur, mais a-t-il conscience de l’impact qu’il produit dans sa façon d’animer la classe ?

Dans l’autre posture, je suis décentré et je cherche davantage à être un médiateur de savoirs, empathique et bienveillant qui accompagne les élèves dans leurs apprentissages, ce qui n’empêche nullement un cadre clair et respectueux et une exigence dans les contenus enseignés…Au contraire même, quand j’obtiens l’engagement des élèves, quand je leur fais confiance, je peux les emmener loin, très loin dans les savoirs. Cette seconde approche fait parfois peur. Peur de perdre le contrôle. Peur de perdre l’image du professeur « sachant ». Alors parfois, on n’ose pas ou on dénigre l’autre qui lui ose.

Ainsi, si cette première semaine a été difficile ou pas à la hauteur de vos projections, si, en tant que professeur vous avez eu des difficultés à « gérer » la classe (et c’est valable aussi bien avec des « petites section » qu’avec des élèves de collège !), alors commencez par vous rassurer : c’est normal. Pas d’auto-flagellation. Pas non plus de victimisation ou d’extériorisation de la responsabilité. Mais une prise en main nécessaire pour que la suite se passe mieux pour tous, vous d’abord, les élèves de fait ensuite.

Je propose donc quelques conseils, pistes :

– Quelle est ma posture ? Quel est mon rapport aux élèves ? Et si je me mettais à leur place un moment ? Et pourquoi cette posture, que révèle-t-elle sur le professionnel que je suis ? Qu’est-ce que je risque à en changer ?

– Retrouvez le « pourquoi » vous faites ce métier. L’envie. L’enthousiasme. Transmettez lès. Vivez lès. Concentrez vous là-dessus et laissez de côté les messages négatifs qui inondent notre beau métier.

– Parlez en ! N’ayez pas honte. Partagez, échangez avec collègues, formateurs, inspecteurs, toute personne qui pourra vous aider. Parler c’est prendre de la distance, c’est donc déjà évoluer. Enseigner doit être un métier collectif, pas un exercice individuel solitaire, caché des yeux extérieurs (ou alors c’est qu’il y a des choses que je n’assume pas ?).

– Entrainez vous, seul(e)ou avec un(e) collègue : parlez, jouez sur les registres de langue. Distinguez la voix de la consigne, la voix autoritaire, la voix de l’anecdote, l’adresse individuelle ou l’adresse au groupe… Théâtralisez des scènes de vie de classe. Vous risquez quoi ? Le ridicule ? Ce serait pire qu’une journée en classe désastreuse que vous voulez éviter ? La pratique diminue l’anxiété !

– Acceptez vos travers, votre personnalité, et trouvez votre style.

– Visualisez, mentalisez la scène en amont. Voyez-vous en train de faire, de passer la consigne, d’organiser, d’échanger…ça vous donnera confiance et vous préparera.

– Faites-vous observer (collègue, formateur…) et acceptez les feedbacks. C’est comme ça qu’on progresse, même si ça peut faire mal à l’amour-propre ! ça permettra d’éviter les tics de langage (dédicace à notre prof stagiaire de physique de 1re S qui avait dit « en fin de compte » 62 fois pendant son cours…On avait fini par lui dire et il s’était corrigé !).

– Formez-vous (quelques pistes ci-dessous)…

A voir :

– L’excellent ouvrage de Jean Duvillard, présenté ici :

http://cardie.ac-besancon.fr/2018/11/20/jean-duvillard-les-gestes-et-micro-gestes-de-lenseignant/

– Les travaux de Michel Bourbao sur les invariants de classe : une modélisation très intéressante sur la conduite de classe qui met en avant tous ces moments clés de la vie de la classe :

Quelques éléments ici : https://slideplayer.fr/slide/10628183/

Et là : http://ekladata.com/aKBhvkMERtftmjIPHXpLuYrXgQw/Modelisation_invariants_BOURBAO.pdf

Dans un livre : https://www.editions-retz.com/enrichir-sa-pedagogie/mon-metier/premieres-annees-d-enseignement-9782725639307.html

(et vidéo des auteurs: https://www.facebook.com/100068585765504/videos/premi%C3%A8res-ann%C3%A9es-denseignement/137285168464088/ )

– Un MOOC sur « gestes et postures » (de Jean Duvillard) :

https://www.my-mooc.com/fr/mooc/insignis-gestes-et-postures-en-enseignement/

dont certaines vidéos sont accessibles sur YouTube :

ou https://www.youtube.com/playlist?list=PLvmh_OVw18kUKcJEtvTgPJN_ws8ZpRlc1

– cherchez des articles, textes sur le sujet comme : https://www.innovation-pedagogique.fr/article1136.html

– Visualisez des vidéos sur l’art oratoire (Voir B. Périer, très intéressant sur le sujet) :

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